Pour
un nouveau partage des moyens financiers au Canada
Rapport final
La table
des matières, la préface du président de la
Commission et le sommaire vous sont présentés ici.
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Table
des matières
Préface
du président de la Commission
Signatures des Commissaires
Sommaire
Liste des tableaux et schémas
Liste des graphiques
Introduction
PREMIÈRE
PARTIE - La nature du problème
CHAPITRE
1 - Définition et ampleur du déséquilibre fiscal
1. UN ENJEU MAJEUR
2. LA NOTION DE DÉSÉQUILIBRE FISCAL
3. L'AMPLEUR ACTUELLE ET APPRÉHENDÉE DU DÉSÉQUILIBRE
FISCAL
DEUXIÈME
PARTIE - Les causes du déséquilibre fiscal
CHAPITRE
2 - Le déséquilibre entre les dépenses et l'accès
aux sources de revenus
1. LES PROVINCES SONT SOUMISES À DES PRESSIONS IMPORTANTES
EN MATIÈRE DE DÉPENSES
1.1
Les prestations de services : les pressions sont du côté
des provinces
1.1.1 La santé
1.1.2 L'éducation et la formation
1.1.3 La défense
1.1.4 Les autres dépenses
1.2 Les transferts : des pressions structurelles limitées
1.2.1 Les programmes fédéraux de sécurité
de la vieillesse : des pressions limitées
1.2.2 Assurance-emploi : des pressions structurelles moins importantes
1.2.3 Transferts aux provinces : des programmes conçus
pour limiter les pressions sur les dépenses fédérales
1.2.4 La sécurité du revenu
2. LE
PARTAGE DES REVENUS NE CORRESPOND PAS À LA DYNAMIQUE DES
DÉPENSES
2.1
Une occupation des champs fiscaux qui avantage le gouvernement
fédéral
2.2 Le contrôle du gouvernement fédéral sur
les revenus des provinces
3. LE
REMBOURSEMENT DE LA DETTE ET LE DÉSÉQUILIBRE FISCAL
CHAPITRE
3 - Des transferts intergouvernementaux inadéquats
1. LE TRANSFERT CANADIEN EN MATIÈRE DE SANTÉ
ET DE PROGRAMMES SOCIAUX
1.1
Un programme de transfert qui soumet les provinces à des
conditions
1.2 Un programme dont les modalités soulèvent des
difficultés
1.2.1 L'arbitraire du gouvernement fédéral
1.2.2 Une répartition qui pénalise les provinces
les moins nanties
1.3 Un programme dont le gouvernement fédéral s'est
désengagé
1.3.1 L'évaluation de l'ampleur du désengagement
fédéral
1.3.2 Le point de vue du gouvernement fédéral
2. LA
PÉRÉQUATION
2.1
Des modalités d'application qui empêchent d'atteindre
pleinement l'objectif visé
2.1.1 La norme actuelle n'est pas satisfaisante
2.1.2 Le plafonnement des droits de péréquation
2.1.3 Des assiettes fiscales mal définies ou incomplètes
2.2 La variabilité des versements de péréquation
2.3 L'effet de récupération fiscale
2.3.1 L'effet-assiette (" base tax-back ")
2.3.2 L'effet-taux (" rate tax-back ")
3. LE
PROCESSUS D'ÉLABORATION DES ARRANGEMENTS FINANCIERS
3.1
L'information des citoyens
3.2 Les institutions et mécanismes
CHAPITRE
4 - Le " pouvoir fédéral de dépenser "
et ses implications
1. LES DIFFÉRENTES FORMES DU " POUVOIR FÉDÉRAL
DE DÉPENSER "
2. LE QUÉBEC ET LE " POUVOIR FÉDÉRAL DE
DÉPENSER "
2.1
Un instrument fédéral dont la constitutionnalité
n'a pas été établie
2.2 Les propositions défendues par le Québec
TROISIÈME
PARTIE - Les conséquences du déséquilibre fiscal
et les réponses à y apporter
CHAPITRE
5 - Les conséquences du déséquilibre fiscal
1. LES BESOINS DES CITOYENS SONT MAL COUVERTS
2. LES PRESTATIONS DE SERVICES ASSURÉES PAR LES GOUVERNEMENTS
SONT MOINS EFFICACES
3. L'AUTONOMIE DÉCISIONNELLE ET BUDGÉTAIRE DES PROVINCES
EST COMPROMISE
CHAPITRE
6 - Les recommandations de la Commission
1. RÉTABLIR L'ÉQUILIBRE FISCAL AU SEIN DE LA
FÉDÉRATION
1.1
Des moyens financiers supplémentaires pour les provinces
1.2 L'abolition du TCSPS et le nouveau partage de l'espace fiscal
1.2.1 Les impacts financiers pour le Québec
1.2.2 Les avantages et inconvénients de chacun des deux
scénarios
1.2.3 L'impact pour le gouvernement fédéral
1.3
L'amélioration du programme de péréquation
1.3.1 Les modalités techniques du programme de péréquation
1.3.2 La capacité du programme de péréquation
de répondre à ses objectifs
1.4 Contrer le " pouvoir fédéral de dépenser
"
2. RÉPONDRE
DANS L'AVENIR À TOUTE NOUVELLE CAUSE DE DÉSÉQUILIBRE
2.1
Un suivi systématique et transparent de la dynamique du
déséquilibre fiscal
2.2 Intensifier le processus d'échange et de discussion
avec les autres provinces
CONCLUSION
APPENDICES
LISTE
DES TABLEAUX ET SCHÉMAS
LISTE
DES GRAPHIQUES
PRÉFACE DU PRÉSIDENT DE LA
COMMISSION
Il y a un peu moins d'un an, le gouvernement du Québec mettait
en place une commission afin d'analyser le déséquilibre
fiscal existant entre le gouvernement fédéral et le
Québec. Les travaux de la Commission sur le déséquilibre
fiscal sont maintenant terminés, et le présent rapport
en est l'aboutissement.
Le déséquilibre
fiscal est un concept ardu, recouvrant des questions complexes liées
aux relations financières établies entre le gouvernement
fédéral et les provinces, et comportant des dimensions
à la fois quantitatives et qualitatives. Sa définition
même devait être clairement précisée,
et il fallait bien entendu que la Commission soit en mesure d'évaluer
et d'analyser les phénomènes liés au déséquilibre
fiscal avec toute la rigueur et la profondeur requises.
La Commission
a privilégié une approche fondée avant tout
sur l'approfondissement de la connaissance et de l'analyse, sur
l'enrichissement des études et des évaluations déjà
disponibles, et sur la vérification systématique des
différentes hypothèses qui lui étaient soumises
- cela tout en évitant tout a priori dans ses réflexions.
Simultanément, la Commission a tenté de rester la
plus proche possible des enjeux pratiques qu'elle était amenée
à soulever : le déséquilibre fiscal concerne
en fait directement les citoyens, et la Commission a voulu ne jamais
perdre de vue cette réalité, tout au long de ses travaux.
Des études
spécifiques ont été engagées afin de
répondre à certaines questions précises. La
Commission a reçu les analyses de plusieurs experts, notamment
internationaux. Les audiences publiques ont également permis
de recueillir les avis de nombreux porte-parole de différents
groupes et citoyens intéressés au débat.
Les travaux
de la Commission, en plus de confirmer et de démontrer l'ampleur
du déséquilibre fiscal, ont permis de dresser un ensemble
de recommandations afin de corriger la situation.
Les recommandations
ont été formulées de façon constructive,
avec la préoccupation concrète de faire avancer le
débat. Il s'agit de recommandations majeures, qui dessinent
un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales
au sein de la fédération canadienne. Simultanément,
la Commission a réfléchi aux moyens de répondre,
dans l'avenir, à toute nouvelle cause de déséquilibre
fiscal, et a émis des suggestions à cette fin.
Au terme
des travaux de la Commission, je tiens à souligner la collaboration
et la contribution remarquables de chacun des commissaires et de
tout le personnel du Secrétariat. La Commission sur le déséquilibre
fiscal était composée de personnalités provenant
d'horizons très divers, mais toutes expertes dans leur domaine.
Le rapport est ainsi le résultat d'un travail en commun effectué
à partir d'approches et de préoccupations souvent
différentes mais toujours pertinentes, ce qui en fait à
la fois la richesse et l'intérêt.
Convaincue
d'avoir au moins permis de mieux faire comprendre les enjeux d'un
sujet aussi complexe et important que celui-ci, la Commission termine
son mandat avec la satisfaction du devoir accompli.
YVES SÉGUIN
Président de la Commission sur le déséquilibre
fiscal
SOMMAIRE
La Commission sur le déséquilibre fiscal a été
mise en place par le gouvernement du Québec le 9 mai 2001,
afin d'identifier et d'analyser les causes du déséquilibre
fiscal existant entre le gouvernement fédéral et le
Québec, ses conséquences pratiques et les solutions
concrètes qui pourraient être mises en uvre afin
de le corriger.
Le rapport
de la Commission répond à ces différentes questions,
en confirmant d'abord au préalable la réalité
et l'ampleur de ce déséquilibre fiscal. La Commission
a considéré que sa réflexion se plaçait
dans le cadre constitutionnel actuel, et que lorsque cela était
pertinent et possible, son analyse devait s'étendre à
l'ensemble des provinces canadiennes.
La nature
du problème
Le déséquilibre
fiscal constitue l'un des enjeux majeurs de la fédération
canadienne depuis le milieu des années quatre-vingt-dix.
C'est à ce moment en effet que le gouvernement fédéral
a procédé à des coupures importantes dans les
versements effectués au titre du Transfert canadien en matière
de santé et de programmes sociaux (TCSPS), alors que les
dépenses sociales des provinces connaissaient une forte croissance.
Un vaste
consensus quant à son existence
Même
si l'existence d'un déséquilibre fiscal est contestée
par le gouvernement fédéral, les audiences publiques
tenues par la Commission ont confirmé la présence
d'un vaste consensus au Québec à cet égard.
Un sondage effectué à l'initiative de la Commission
au Québec et dans l'ensemble du Canada confirme cet état
de fait : la population comme les intervenants plus directement
impliqués dans le débat sont sensibilisés à
la présence d'un important déséquilibre fiscal
au détriment des provinces.
Les projections
effectuées par le Conference Board du Canada
Les soldes
budgétaires actuels et projetés des deux ordres de
gouvernement représentent une première manifestation
directe de ce déséquilibre et de son ampleur. L'étude
effectuée par le Conference Board du Canada à la demande
de la Commission est riche d'enseignements à cet égard
: selon les projections effectuées par cet organisme, en
maintenant les revenus et les programmes dans leur structure actuelle,
le gouvernement du Québec réaliserait des déficits
récurrents moyens de 3 milliards de dollars chaque année
d'ici 2019-2020. À l'inverse, le gouvernement fédéral
dégagerait des excédents sans cesse croissants, atteignant
pratiquement 90 milliards de dollars en 2019-2020.

Les causes
du déséquilibre fiscal
Le déséquilibre
fiscal entre le gouvernement fédéral et le Québec,
et plus généralement entre le gouvernement central
et les provinces s'explique essentiellement par trois causes distinctes,
soit le déséquilibre entre les dépenses et
l'accès aux sources de revenus, le caractère inadéquat
des transferts intergouvernementaux effectués depuis le gouvernement
fédéral vers les provinces et le " pouvoir fédéral
de dépenser ".
Le déséquilibre
entre les dépenses et l'accès aux sources de revenus
Dans son
étude, le Conference Board du Canada a explicitement identifié
la première cause du déséquilibre fiscal :
il existe une différence structurelle entre le gouvernement
fédéral et le gouvernement du Québec, pour
ce qui est du rapport entre les revenus et les dépenses.
- Dans
le cas du gouvernement fédéral, l'écart actuellement
positif entre les revenus et les dépenses va se prolonger
dans l'avenir, et ne cessera de s'amplifier, en raison du remboursement
de la dette que cet écart va permettre d'effectuer.
- Pour
ce qui est du Québec, l'équilibre entre revenus et
dépenses est beaucoup plus précaire, ce qui explique
que le gouvernement ne puisse s'engager dans un processus de réduction
de sa dette et que le solde budgétaire projeté soit
négatif sur l'ensemble de la période.
REVENUS
ET DÉPENSES TOTAUX DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL
ET DU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, 2000-2001 À 2019-2020
(variation annuelle moyenne en pourcentage)
|
|
Fédéral |
Québec |
| Total
des revenus |
3,2 |
3,1 |
| Total
des dépenses |
2,1 |
3,6 |
| Écart
entre la croissance des revenus et des dépenses |
1,1
|
-0,5 |
Source
: Conference Board du Canada.
Une analyse
plus fine et systématique des principales catégories
de dépenses et de revenus des deux ordres de gouvernement
confirme que les provinces sont soumises à des pressions
très importantes en matière de dépenses, alors
que le partage des revenus ne correspond pas à cette dynamique.
Par ailleurs,
le service de la dette et son remboursement - souvent invoqués
par le gouvernement fédéral pour justifier ses excédents
budgétaires - accentuent en fait le déséquilibre
fiscal en permettant au gouvernement fédéral d'amplifier
année après année sa marge de manuvre.
Des transferts
intergouvernementaux inadéquats
Deuxième
cause du déséquilibre fiscal, les transferts existant
entre le gouvernement fédéral et les provinces expliquent
plusieurs des difficultés que vit actuellement la fédération
canadienne, au plan des relations financières entre les gouvernements.
- Le TCSPS
est le plus problématique d'entre eux. Il s'applique à
des champs de compétence confiés aux provinces, et
les conditions qui l'accompagnent, de même que les modalités
selon lesquelles il est défini, limitent indéniablement
l'autonomie décisionnelle et budgétaire des provinces
dans ces champs de compétence. Les coupures effectuées
au cours des dernières années par le gouvernement
fédéral donnent à ces difficultés une
dimension particulière.
- La péréquation,
qui a pour objet de réduire les écarts de capacité
fiscale entre les provinces, laisse subsister des différences
majeures entre les capacités fiscales de chaque province
en raison de l'application de la " norme des cinq ". Le
plafonnement des droits de péréquation impose une
limite arbitraire aux paiements, ce qui éloigne encore le
programme de son objectif. La formule de répartition des
impacts du plafond sur les versements de péréquation
est inéquitable et pénalise particulièrement
le Québec.
Les assiettes
fiscales retenues pour déterminer les droits de péréquation
sont mal définies ou incomplètes. C'est ainsi que
l'assiette des impôts fonciers est calculée à
partir d'une formule qui ne correspond pas à la réalité
des valeurs foncières, ce qui pénalise le Québec
chaque année d'environ 800 millions de dollars. Les versements
de péréquation varient parfois considérablement
dans le temps, et cette variabilité s'explique en partie
par la mécanique de révision des données et
des changements d'ordre technique - ce qui est difficilement acceptable.
Par ailleurs, l'" effet de récupération fiscale
", que la Commission a souhaité traiter spécifiquement,
est susceptible d'aggraver le déséquilibre fiscal
pour les provinces concernées.
Le "
pouvoir fédéral de dépenser "
Les transferts
conditionnels, tel le TCSPS, constituent l'une des manifestations
du " pouvoir fédéral de dépenser "
que le gouvernement fédéral invoque pour intervenir
dans des champs de compétence qui relèvent des provinces.
- En raison
des montants en cause, les interventions du gouvernement fédéral
par l'intermédiaire du " pouvoir fédéral
de dépenser " ont un impact majeur sur les politiques
définies par les provinces dans leurs champs de compétence.
Ces effets sont devenus déstabilisateurs, lorsque le gouvernement
fédéral s'est retiré de plusieurs programmes,
ou, plus globalement, lorsqu'il a diminué l'ensemble des
transferts sociaux.
De tels
effets sont susceptibles de se reproduire dans les nouveaux secteurs
d'intervention du gouvernement fédéral, en santé
et en éducation par exemple, où les dépenses
directes ponctuelles et visibles sont privilégiées
au détriment des dépenses de système, qui demeurent
largement à la charge des provinces.
Plus globalement,
les différentes initiatives fédérales introduisent
des distorsions dans les choix budgétaires des provinces,
en privilégiant certains secteurs ou certaines approches
au détriment d'autres options.
- Les
interventions effectuées par le gouvernement fédéral
en invoquant un " pouvoir de dépenser " dans les
champs de compétence des provinces ne sont possibles, en
dernière analyse, qu'en raison des ressources dont le gouvernement
fédéral dispose - des ressources par ailleurs supérieures
à celles qui lui seraient nécessaires pour assumer
ses propres compétences.
Le "
pouvoir fédéral de dépenser " est ainsi
directement lié au partage de l'espace fiscal entre les deux
ordres de gouvernement. Un écart fiscal en faveur du gouvernement
fédéral ne peut qu'alimenter et encourager une politique
d'intervention dans les champs de compétence des provinces,
grâce à la possibilité pour le gouvernement
fédéral de mobiliser des ressources majeures et de
les affecter de façon discrétionnaire dans des domaines
considérés comme stratégiquement ou politiquement
intéressants.
Les réponses
traditionnelles apportées par le Québec au "
pouvoir fédéral de dépenser " rejoignent
la logique de l'équilibre fiscal, et sont analogues aux moyens
par lesquels il serait possible de mettre fin au déséquilibre
fiscal actuel.
Les
conséquences du déséquilibre fiscal
Le déséquilibre
fiscal, en raison de son ampleur, affecte de façon significative
le déroulement des fonctions gouvernementales assurées
par les provinces, et donc les prestations de services offertes
aux citoyens. De plus, la remise en cause de l'autonomie décisionnelle
et budgétaire des provinces a pour résultat concret
que les choix des citoyens ne sont pas pris en compte là
où ils devraient l'être.
Des besoins
mal couverts
Lors des
audiences publiques qu'elle a tenues, la Commission a entendu de
nombreux témoignages qui confirment l'impact du déséquilibre
fiscal et des insuffisances de ressources qu'il entraîne pour
le Québec, pour ce qui est de la couverture des besoins.
Des prestations
de services moins efficaces
Les conséquences
du déséquilibre fiscal ne se mesurent cependant pas
uniquement en termes de besoins non ou mal couverts. Les différents
dysfonctionnements existant dans les relations financières
entre les gouvernements font en sorte que les prestations de services
offertes aux citoyens subissent des pertes d'efficacité.
La définition,
la gestion et la livraison des programmes sociaux et des services
publics souffrent en effet directement des problèmes identifiés,
et en particulier des modalités de fonctionnement des programmes
de transfert.
- L'ampleur
des sommes distribuées dans le cadre des programmes de transfert
est incertaine.
- Certaines
modalités de versement des transferts introduisent une dynamique
qui fausse la priorisation des besoins à couvrir.
- Les
interventions fédérales dans les champs de compétence
des provinces entraînent des pertes d'efficacité en
raison des dédoublements qui en découlent. La Commission
insiste notamment sur le problème d'imputabilité soulevé
par la présence simultanée de deux ordres de gouvernement
dans un même domaine d'intervention.
Une autonomie
décisionnelle et budgétaire compromise
À
un niveau encore plus fondamental, le déséquilibre
fiscal soulève toute la question du respect de l'autonomie
décisionnelle et budgétaire des provinces, et donc
de la capacité des citoyens d'effectuer leurs propres choix,
dans les domaines définis par la Constitution - ce qui est
le fondement même du fédéralisme.
Le Québec,
qui a des besoins spécifiques et des préférences
collectives liés à sa situation unique en Amérique
du Nord, est évidemment très sensible à cette
capacité d'effectuer ses propres choix dans des domaines
aussi fondamentaux que la santé, l'éducation ou l'aide
sociale.
Les
recommandations de la Commission
Le déséquilibre
fiscal constitue donc bien un dysfonctionnement du système
fédéral. Pour y mettre fin, des transformations d'envergure
devraient être apportées aux relations financières
intergouvernementales, au sein du Canada. Les transformations identifiées
par la Commission permettent de dessiner ce que devrait être
une fédération canadienne respectant davantage les
principes du fédéralisme, à court comme à
moyen terme.
Rétablir
l'équilibre fiscal au sein de la fédération
- Les
provinces doivent bénéficier de moyens financiers
supplémentaires, pour répondre aux besoins qu'elles
ont à satisfaire dans leurs champs de compétence.
Dans le cas du Québec, ces moyens financiers sont évalués
annuellement à 2 milliards de dollars à court terme
et 3 milliards de dollars à moyen terme, et à au moins
8 milliards de dollars pour l'ensemble des provinces.
- Il faut
modifier les modalités selon lesquelles ce partage des ressources
est actuellement effectué, en abolissant le TCSPS et en libérant
un nouvel espace fiscal en faveur des provinces.
- La
Commission recommande la suppression du TCSPS et son remplacement
par un nouveau partage de l'espace fiscal, en raison du caractère
assuré et prévisible de la source de financement
à laquelle les provinces auraient ainsi accès, de
son caractère inconditionnel et de l'imputabilité
accrue qui en résulterait.
- La
Commission marque sa préférence pour l'occupation
par les provinces du champ fiscal de la TPS. En raison de l'objectif
financier retenu, c'est l'ensemble du champ de la TPS qui devrait
être évacué par le gouvernement fédéral
au bénéfice des provinces. La Commission ne souhaite
cependant pas pour autant rejeter le scénario d'un nouveau
partage du champ de l'impôt sur le revenu des particuliers.
- Dans
les deux cas, le nouveau partage de l'espace fiscal porterait
sur l'équivalent de 26 à 27 milliards de dollars
pour l'ensemble du Canada, soit le montant actuel du TCSPS auquel
s'ajouteraient les moyens financiers supplémentaires dégagés
en faveur des provinces.
- La
Commission est d'avis que le nouveau partage fiscal ne doit pas
conduire le gouvernement fédéral à des déficits
budgétaires. Cela est possible si le nouveau partage est
effectué de façon graduelle et si l'on tient compte
des surplus réels du gouvernement fédéral.
Il importe en effet que les surplus à venir soient consacrés
prioritairement à ce nouveau partage d'espace fiscal en
faveur des provinces.
Le nouveau
partage de l'espace fiscal recommandé par la Commission aurait
pour effet de rétablir un financement auparavant assuré
par le TCSPS : l'espace fiscal obtenu par le Québec représenterait
de 18,4 % à 19,7 % du financement de la santé, de
l'éducation postsecondaire et de la sécurité
du revenu en 2005-2006, alors que la part de ce financement provenant
du TCSPS atteignait 19,8 % en 1994-1995 et n'était plus que
de 11,9 % en 2000-2001.

- Le programme
de péréquation doit être amélioré.
- La
Commission est d'avis que les paiements de péréquation
doivent être définis en utilisant une norme reflétant
la capacité fiscale moyenne de l'ensemble des provinces
- soit la " norme des dix ", qui remplacerait la "
norme des cinq " actuelle. Le passage à la "
norme des dix " devrait être effectué graduellement,
pour tenir compte de l'impact de ce changement de norme sur les
finances publiques fédérales et éviter qu'il
ne conduise à les rendre déficitaires. Cependant,
le gouvernement fédéral devrait clairement considérer
la " norme des dix " comme l'objectif à atteindre,
en indiquant le pourcentage de péréquation versé
par rapport au montant qui résulterait de son application
complète.
- La
Commission recommande l'élimination des dispositions "
plafond " et " plancher ", afin de faire en sorte
que le programme de péréquation remplisse davantage
son objectif et que son caractère équitable soit
amélioré.
- La
Commission demande le respect intégral de l'approche du
régime fiscal représentatif, qui est à la
base même de la mesure de la capacité fiscale des
provinces. Dès le prochain renouvellement du programme
de péréquation, la capacité fiscale à
l'assiette des impôts fonciers doit être mesurée
sur la base des rôles d'évaluation foncière.
De la même manière, la totalité des revenus
découlant de la vente de biens et services doit être
assujettie à la péréquation.
- La
Commission recommande que toute nouvelle méthode ou donnée
soit présentée aux provinces et analysée
de façon satisfaisante préalablement à sa
mise en application. Aucune modification de méthodologie
ou de données ne devrait être mise en uvre
pendant la période quinquennale qui suit un renouvellement
du programme de péréquation.
- On doit
contrer le " pouvoir fédéral de dépenser
".
- La
Commission souligne que le nouveau partage des moyens financiers
qu'elle recommande aurait pour effet de limiter les initiatives
futures du gouvernement fédéral au titre du "
pouvoir fédéral de dépenser ", en réduisant
sa marge de manuvre financière disponible à
cette fin.
- La
Commission recommande par ailleurs :
- que
le Québec réitère avec force sa position
traditionnelle quant à l'absence de fondement constitutionnel
du " pouvoir fédéral de dépenser ",
puisque ce " pouvoir " remet en cause le partage des
compétences tel qu'établi par la Constitution;
- que
le Québec maintienne sa demande d'exercer un droit de retrait
inconditionnel avec pleine compensation financière à
la suite de tout programme mis en place par le gouvernement fédéral
dans les champs de compétence des provinces.
Répondre
dans l'avenir à toute nouvelle cause de déséquilibre
Le déséquilibre
fiscal nuit au fonctionnement d'une fédération. Il
faut donc que des mécanismes soient mis en place afin d'apporter
des réponses rapides à de nouvelles causes de déséquilibre.
- Il faut
disposer en permanence d'une évaluation fiable des conditions
dans lesquelles se déroulent les relations financières
entre les deux ordres de gouvernement.
- La
Commission recommande que le gouvernement fédéral
améliore significativement l'information publique disponible
concernant l'équilibre fiscal de la fédération
et les arrangements financiers intergouvernementaux.
- La
Commission est par ailleurs d'avis qu'en raison des enjeux en
cause, le processus fédéral-provincial entourant
l'analyse de l'équilibre fiscal et des programmes de transfert
devrait être revitalisé et rendu beaucoup plus transparent.
- La
Commission est d'avis qu'un suivi systématique des enjeux
du déséquilibre fiscal devrait être assuré
dans le cadre de l'Assemblée nationale, sous la forme de
la discussion en commission parlementaire d'un rapport annuel,
déposé par le ministre des Finances, et incluant
l'avis d'un Comité d'experts.
- Un processus
véritable d'échange et de discussion entre les deux
ordres de gouvernement doit être amorcé, concernant
toute la question des relations financières intergouvernementales.
La Commission recommande au gouvernement du Québec de poursuivre
les efforts entrepris auprès des autres provinces pour définir
à terme un véritable processus d'échange et
de discussion permanent et efficace entre les deux ordres de gouvernement
sur leurs relations financières.
La Commission
est convaincue que les recommandations qu'elle a formulées
permettraient de corriger le déséquilibre fiscal qui
caractérise actuellement les relations financières
intergouvernementales au sein de la fédération canadienne.
Ce rétablissement
de l'équilibre fiscal bénéficiera directement
aux citoyens. Il leur permettra de recevoir des provinces un niveau
de services adéquat dans des domaines qu'ils considèrent
comme prioritaires. Il leur donnera par ailleurs la pleine capacité
d'effectuer des choix qui leur sont propres, dans les champs définis
par la Constitution comme relevant des provinces.
Il s'agit
là d'un fondement du fédéralisme, auquel les
citoyens québécois sont particulièrement sensibles.
Le rétablissement de l'équilibre fiscal au sein du
Canada, grâce à un nouveau partage des moyens financiers,
doit le respecter et le garantir.
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